Interview de Claudine Sohie, membre effectif de la Chambre francophone du Conseil disciplinaire

Vous vous êtes toujours demandé quel était exactement le travail d'un membre d'une instance disciplinaire ? Nous avons interviewé Claudine Sohie, membre effectif de la Chambre francophone du Conseil disciplinaire, afin de répondre à cette question. 

Vous voulez vous aussi vous investir ? Pour poser votre candidature auprès de la Commission avant le 15 juillet à minuit, cliquez ici.

Quelles sont les qualités les plus importantes d’un membre d’une instance disciplinaire en matière de psychologie ?

  • Aimer la pratique, les valeurs, l’éthique afin d’être capable d’en interroger la dimension « scientifique », en vue de la valoriser comme de la défendre.
  • Avoir une curiosité des avancées en matière de psychologie ainsi qu’une connaissance de son évolution.
  • En avoir une expérience suffisamment diversifiée et être capable de se mettre en question. « De se mettre à la question».
  • Disposer d’une ouverture aux différentes méthodes des écoles cliniques et de leurs approches thérapeutiques.
  • Avoir une connaissance du Code
  • Etre en accueil pour le confrère qui subit une plainte. Lui faire montre d’une ouverture bienveillante face à la faute qui lui est imputée.
  • Eviction du jugement tout en gardant le sens critique vis-à-vis des plaintes formulées.
  • En délibéré, être ouvert à la diversité des avis formulés.

Quelle est votre meilleure expérience ?

Il y en eut plusieurs, je relèverai :

  • La réhabilitation dans sa pratique d’un collègue subissant une plainte injustifiée.
  • L’accueil d’un plaignant qui a reformulé sa plainte en la relativisant.
  • Toute question qui renvoie aux limites du Code et engage à affiner les formulations de celui-ci.
  • Les délibérés où des positions divergentes sont possibles et permettent le débat. Ces délibérés ouvrent la compréhension ainsi que les limites des articles incriminés. Le Code en tant qu’outil active les délibérés.

Pourriez-vous expliquer votre travail sur un dossier ? 

  • Compréhension de la plainte : lecture de la plainte avec la construction de son contexte afin de comprendre la position du plaignant.
  • Lecture et compréhension de la défense; mise en tension avec celle du plaignant en tenant compte qu’il s’agit de deux narrations subjectives.
  • Lecture du dossier, faits, dates, lieux, chronologies, partenaires, acteurs, …..éléments objectifs
  • Lecture des éléments en vue de dégager de la plainte, les articles du Code qui auraient été violés.
  • Dégager les traits significatifs qui relèvent de la plainte au regard des éléments de la défense.
  • Etablir la part du plaignant et celle du Psychologue à partir de sa défense.
  • Formuler le rapprochement avec les articles du Code qui auraient été violés. Estimer l’éventuel degré de violation des articles relevés.
  • Oser poser la problématique en se l’attribuant en tant que professionnel de la Psychologie.
  • Etablir une synthèse avec les questions pour l’audition du psychologue, objet de plainte.
  • En délibéré, reprise du dossier au regard des éléments dégagés avant l’audition des parties.

Était-ce une chance ou un défi d’être les premiers en tant que membres du Conseil de discipline ?

A la fois une chance et un défi.

Un défi comme tâche nouvelle : explorer le territoire de la psychologie sous l’angle de ses possibilités et limites, sachant que ce territoire est étudié dans un contexte culturel donné, à une époque donnée.

Un défi, dans la mesure où la situation à explorer se présente en tant que première occasion de réfléchir, construire, formuler les balises d’une pratique professionnelle que l’on aime et défend.

Un défi, car rien n’était acquis d’avance.

Un défi comme tâche à sans cesse remettre à la question. Comme la psychologie elle-même.

Un défi car toute plainte effective ne présage nullement des plaintes à venir.

Une chance car intellectuellement et éthiquement stimulant.

Une chance, le débat en délibéré. Interrogations, confrontations inhabituelles et originales entre collègues psychologues. Aussi entre psychologues et juristes. Traitement de questions perçues et débattues sous éclairage inter disciplinaire.

Ecoute et compréhension des collègues psychologues mis en défaut par une plainte.

Avez-vous une évolution sur votre manière de penser la psychologie et son exercice ?

En première position, l’expérience de l’humilité.

Aborder le dossier avec respect pour le collègue psychologue ainsi que pour le plaignant.

S’obliger à traiter les plaintes avec promptitude, ce qu’exige le respect des parties comme de soi-même en tant que membre du Conseil. Mettre en attente le traitement des plaintes n’aide ni le plaignant, ni le collègue psychologue objet de plainte, ni la Psychologie, ni la Communauté Psy. Faire attendre un psychologue accusé, faire patienter un patient qui se vit lésé par la pratique de la Psychologie, n’est éthiquement recevable pour aucune des instances.

Quelle est selon vous l'importance du droit disciplinaire et des instances disciplinaires pour les psychologues ?

Le droit de la défense des praticiens est autant une sécurité pour celui-ci qu’une défense de la profession.

C’est le respect de la psychologie par la crédibilité que lui accorde l’existence du Conseil disciplinaire. Le droit disciplinaire et les instances disciplinaires protègent le sérieux et  la validité de la pratique de la Psychologie autant aux yeux du public qu’au sein de la profession. A ce titre ils lui sont indispensables.

La protection du patient induit la crédibilité de la Psychologie aux yeux du public.

Le droit à la défense est garant de la valorisation éthique de l’entretien clinique.

Enfin, dès lors que l’accès à la profession de Psychologue est réglementé, une Conseil disciplinaire lui est indispensable. Ce Conseil participe de la considération du domaine de compétence de la psychologie et par voie de conséquence au respect de sa pratique.

Le Conseil par son travail a-t-il une influence positive sur l’exercice de la profession de psychologue ainsi que sur son contenu ?

La question revient à interroger les décisions prises.

Dans la mesure où les décisions prises par le Conseil peuvent être connues et publiées, l’ensemble de la profession peut en bénéficier. La psychologie ne peut qu’être gagnante d’un débat constructif au sein de ses membres.

Ceci implique que les décisions du Conseil soient anonymisées avec grand soin. Autant, côté psychologue que du patient.

Enfin une publication qui serait accessible au public, devrait re-serrer l’anonymat, privilégier une formulation simple en vue d’une ouverture généralisée des problématiques abordées. Si cet anonymat ne peut être préservé, la publication ne peut avoir lieu.

Des décisions justes, décrites simplement, compréhensibles par le grand public peuvent avoir une influence positive pour l’ensemble de la profession de la psychologie.

Quelques mots pour conclure ?

La valeur d’une orientation est validée par les balises qui l’assurent, qui l’implantent.

Autrement dit, l’interrogation incessante des limites d’une science est la garantie de la réflexion qu’elle suscite au sein de sa collégialité, in fine de sa validation continue.

Note : ce texte n’aborde pas les différentes options cliniques que le terme de psychologie recouvre.

Après la lecture de cette interview, vous voulez vous aussi vous investir ? Pour poser votre candidature auprès de la Commission avant le 15 juillet à minuit, cliquez ici.


 
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