Article et interview proposés par les coordinateurs du projet de soutien psychologique de première ligne*

L'année dernière, suite à l'avis rendu par l'Organisation Mondiale de la Santé, le remboursement des soins psychologiques de première ligne a été approuvé dans le but de prévenir, de détecter précocement et d'intervenir dans le cadre d'un mal-être psychique temporaire. L'objectif est d'éviter une escalade vers des problèmes psychologiques complexes ou chroniques. En raison de la nature des plaintes, qui sont souvent psychosomatiques (par ex. troubles du sommeil, céphalées, tension musculaire, etc.), ce groupe cible de patient n’a pas tendance à se rendre directement chez un psychologue. Il consulte plutôt son médecin généraliste et, trop souvent, il ne reçoit pas de traitement ou seulement un traitement médicamenteux. Ce groupe cible, pour qui un traitement général de courte durée axé sur l'empowerment est le plus efficace, peut bénéficier des soins psychologiques de première ligne remboursés, en plus des centres de soins thérapeutiques résidentiels ou ambulatoires plus intensifs lorsque cela est nécessaire. Ce projet pilote de quatre ans vise à stimuler le développement des soins psychologiques de première ligne et s'inscrit dans le cadre des réformes plus larges des soins de santé mentale en Belgique qui promeut des soins orientés vers la communauté, et est évalué scientifiquement. À la fin de la phase de lancement de ce projet, nous avons demandé à une psychologue de première ligne conventionnée de partager ses réflexions sur le projet.

« Qui êtes-vous ? »

Je m'appelle Sophie Delhaye, diplômée en 1998 de l'université de Gand en psychologie clinique (orientation majeure en thérapie comportementale et systémique, orientation mineure en psychologie du développement). Pendant les 14 premières années de ma carrière, j'ai travaillé en tant que consultante pour différents cabinets de sélection et recrutement. En 2012, j'ai décidé de lancer mon propre cabinet en tant que psychologue indépendante. Outre l'accompagnement de clients dans mon cabinet privé, je continue mon travail de consultante RH pour les entreprises.

Qu'entend-on par « soins psychologiques de première ligne » ?

À mes yeux, les soins psychologiques de première ligne représentent le premier point de contact pour les patients souffrant d'un mal-être psychique (par ex. humeur dépressive morose ou sentiment d'anxiété). Ce sont donc des personnes qui sont encore fort résilientes, mais, en raison de certaines circonstances, cette résilience n'est temporairement pas suffisante. Il ne s'agit donc certainement pas de personnes ayant une demande d'aide complexe. Le spectre de soins est très diversifié : être à l'écoute ou servir de personne de référence, stimuler l'auto-réflexion et apporter un éclairage, faire de la psycho-éducation et encadrer tout changement (comportemental). Si le client y consent, je favorise l'approche multidisciplinaire dans mon travail. Autrement dit, je consulte régulièrement le généraliste ou d'autres intervenants ou prestataires de soins qui entourent le client.

En quoi consiste le soutien psychologique de première ligne ?

Lors de la première consultation, je demande toujours client ce qu'il attend de ses séances et j'essaye, autant que possible, de travailler en ce sens. En général, mon objectif est d'accroître le bien-être psychique du client et de lui apprendre les mécanismes d'adaptation afin de lui permettre à l'avenir de faire face, de manière plus constructive, aux situations difficiles auxquelles il est confronté dans la vie. Entre les séances, je donne parfois des devoirs au client.

Le soutien psychologique de première ligne requiert une méthode de travail générale, étendue et axée sur les solutions. En d'autres termes, je n'approfondis pas trop le passé (en analysant ou traitant d'éventuels traumatismes), mais je me concentre surtout sur ce qui est nécessaire à présent pour aider davantage le client à renforcer son autonomie.

La crise COVID-19 a-t-elle apporté des changements dans les soins que vous dispensez ?

Le nombre de demandes a augmenté pendant la crise COVID-19. La crise a eu un impact négatif sur le bien-être psychique des citoyens. Je constate une augmentation générale de l'anxiété. D'autres souffrent de solitude due à la distanciation sociale. L'absence de contacts sociaux a provoqué l'isolement de certains. Une chose est sûre, ceux qui étaient déjà un peu plus fragiles sur le plan mental risquent à présent de sombrer. C'est pourquoi j'ai été ravie d'apprendre qu'une extension temporaire à tous les âges a été approuvée, afin que les enfants, adolescents et personnes âgées puissent aussi recevoir ces soins. Par ailleurs, j'ai constaté qu'au début du confinement, certains clients ont arrêté ou interrompu de manière anticipée le soutien qu'ils recevaient alors. Ils craignaient d'aller dehors et ne considéraient pas la vidéo-consultation comme une alternative utile ou n'avaient pas les moyens nécessaires à cette fin. En raison de la crise, les soins ont été principalement, et à titre temporaire, dispensés par le biais de télé-consultations. Celles-ci permettent au client de parler de ses problèmes et d'exprimer ses émotions lorsque la consultation physique n'est pas possible. En tant qu'intervenant, vous pouvez servir de personne de référence, donner des idées et proposer des stratégies d'adaptation. La vidéo-consultation se prête moins pour rendre certains points visuellement plus claires (par ex. faire un schéma ou un génogramme) ou pour pratiquer des exercices ensemble (je pense ici notamment aux exercices de relaxation ou de visualisation).

Quelles sont les réactions des clients?

La plupart des clients réagissent positivement car il existe désormais une possibilité d’aide remboursée pour les personnes souffrant de problèmes légers à modérés. Il n’est pas nécessaire d’attendre d’avoir des problèmes graves ou de vivre une situation très difficile ( telle que la perte d’un emploi, un arrêt de travail pour maladie, le développement d’un trouble grave ou encore la délivrance d’un diagnostic clinique) pour recevoir une aide psychologique. La faible quote-part abaisse le seuil des mesures de prévention. Je reçois également des commentaires positifs concernant le contenu des séances et l'approche qui y est adoptée. En règle générale, j'observe dès la troisième séance une évolution positive qui se traduit par une diminution des plaintes. Certains clients le signalent aussi explicitement. Vous constatez ainsi qu'un soutien de courte durée peut aussi être très bénéfique. Il est encore trop tôt pour savoir dans quelle mesure ce soutien de courte durée entraîne des effets durables chez tous les clients.

Que pensez-vous de la phase de lancement du projet pilote visant le remboursement des soins psychologiques de première ligne ?

Je pense que c'est une excellente initiative. Ce projet permet d'abaisser le seuil d'accès à l'aide psychologique et d'éviter, en partie, l'escalade vers des troubles plus graves.

Dans le projet, vous êtes également soutenu et encadré par le réseau régional des soins de santé mentale. Grâce à ce réseau, vous est invité, en votre qualité de psychologue clinicien indépendant, à dispenser des soins dans le cadre d'une approche interdisciplinaire. À mes yeux, le soutien que l'on reçoit au niveau du contenu et de la mise en pratique est une bonne chose. Les intervisions organisées permettent de discuter de cas avec les collègues et d'échanger les bonnes pratiques. Certains n'ayant pas d'expérience avec ce nouveau groupe cible de personnes souffrant d'un problème psychique léger, il est également important d'offrir une formation de fond. En outre, le suivi de la facturation et du paiement s'effectue aisément.

Conclusion

Au cours de l'année de lancement, plus de 610 psychologues cliniciens et orthopédagogues cliniciens se sont déjà conventionnés. À l'heure actuelle, ils garantissent 33 % de l'offre totale possible des soins psychologiques de première ligne remboursés. Tous les mois, de nouveaux psychologues et orthopédagogues se conventionnent, et les psychologues et orthopédagogues déjà conventionnés augmentent leur volume horaire dans le cadre du projet.

Pour plus d'informations, veuillez consulter le site http://www.psy107.be/index.php/fr/conventie-klin-psy-orth ou envoyer un mail à info-psy@health.fgov.be.

Aperçu des prestataires conventionnés : https://bit.ly/trouverunppl

*La Commission des Psychologues n’est pas responsable du propos et du contenu de cet article.


 
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